11 févr. 2026
14 juil. 2024
Le cas Dick
Philip Kindred Dick (1928-1982) est très probablement l'auteur de science-fiction ayant eu le plus influencé le cinéma hollywoodien des trois dernières décennies.
Pourtant les trop rares adaptations officielles d'œuvres de Dick n'ont en fin de compte pas montré une grande fidélité à leur matériaux originels en mettant de côté des thématiques majeures : la réalité, le divin et l'homme, la société de consommation et les médias, la schizophrénie et la drogue, le totalitarisme, l'inversion des hiérarchies et les violences anti-institutionnelles.
Petite sélection : Blade Runner (1982) de Ridley Scott, Total Recall (1990) de Paul Verhoeven, Screamers (1995), Minority Report (2002) de Steven Spielberg, Paycheck (2003) de John Woo ou encore The Adjustment Bureau (2011).
Réactivant le modèle hitchcockien des films de courses-poursuites, les cinéastes livrèrent des films d'action qui, selon leur style et leur personnalité, s'avérèrent esthétiques et/ou pyrotechniques. Parfois des chefs-d’œuvre, souvent des séries B consensuelles, sans aucun discours social ni aucune inquiétude philosophique. Et comme le rappelle Etienne Barillier, dans l'ouvrage collectif Philip K. Dick, Simulacres et Illusions (2015), adapter un de ses textes dépasse le seul concept permettant de cacher l'absence d'ambition narrative et cinématographique.
Fort heureusement, les fondamentaux dickiens ont pénétré et nourri une nouvelle génération de scénaristes et de réalisateurs. Voici quelques-unes des nombreuses pépites audiovisuelles assumant une telle filiation : souvenirs et passés implantés, réalités altérées ou manipulées par une force supérieure, hallucinations, mutations des protagonistes, cauchemar hyperréaliste brouillant les frontières entre rêve et réalité, raison et folie, réel et virtuel.
Rafik Djoumi conclut que l'idée maitresse qui charpente l'œuvre de Dick, et qu'on pourrait qualifier de gnostique, va bien au delà de l'aspect sociologique de ses anticipations, obligeant son lectorat à aller toujours plus loin et se confronter concrètement à toutes ses croyances voire aux limites de sa rationalité.
"Reality is that which, when you stop believing in it, doesn't go away"
Sources / pour aller plus loin:
Olivier Père, Philip K. Dick au cinéma (2004)
Julien Sévéon, Dick n'est pas mort ! (2006)
Yann Coquart, Les Mondes de Philip K. Dick (2015)
21 nov. 2023
Métamodernisme
Note sur le changement culturel le plus important de ce millénaire. Et de sa pénétration au cinéma.
Pour la génération élevées dans les années 80 et 90, avec les Simpsons et South Park, l’ironie et cynisme postmodernes furent les paramètres culturels par défaut, conduisant à un refus des prises de position, une esquive de la responsabilité de choix esthétiques, politiques ou autres.
Films déconstruits avec des récits qui semblent générés aléatoirement ou des vastes blagues ne nécessitant aucune résolution d'intrigue. Du contenu pour plateformes de streaming.
Cependant, sur la dernière décennie, un nouveau style de films décalés, par Spike Jonze, Michel Gondry, Wes Anderson, Alejandro González Iñárritu ou Yórgos Lánthimos, employèrent des stratégies postmodernes (distanciation, emphase sur la conscience de soi, métafiction) non pas pour célébrer le cynisme, l'apathie et la désillusions, mais plutôt pour exposer des sentiments et des connexions sincères, un enthousiasme constructif et une soif de sens.
On parle alors de « métamodernisme » pour nommer ce post-postmodernisme.
Luke Turner dans son manifeste du mouvement (2011) parlait de « synthèse scientifique-poétique », de « naïveté éclairée d'une réalisme magique » ou encore de « romantisme pragmatique ».
Alors que le postmodernisme était caractérisé par la déconstruction, l’ironie, le pastiche, le relativisme, le nihilisme et le rejet des grands récits (pour le caricaturer quelque peu), le métamodernisme, s’engage dans la résurgence de la sincérité, de l’espoir, du romantisme, de l’affect et des vérités universelle, sans pour autant renoncer à tout ce que nous avons appris du postmodernisme.
Des contradictions est sortie une synthèse qualitativement très différente incluant l’audace de la modernité et la nuance de la postmodernité.
Rick and Morty (Dan Harmon & Justin Roiland, depuis 2013) est métamoderne dans sa façon de subvertir les attentes des archétypes. Plus la série avance, plus Rick Sanchez (génie cynique hyper-conscience de lui-même et de son environnement) fait preuve de sincérité tant moralement qu’émotionnellement. Il en est de même pour le reste de sa famille qui ne demeure pas des identités statiques et immuables mais qui évoluent. Même les péripéties les plus improbables ont des conséquences dans les saisons suivantes, créant ainsi une authenticité et une fiabilité.
Inside (2021) de Bo Burnham est un bon exemple de « sincérité ironique » métamoderne. Pour le comédien musicien la conscience réflexive n'est jamais une fin en soi, mais sert à l’émergence de quelque chose de vraiment honnête, une vulnérabilité et une responsabilité morale plus profonde et assumée : « self-awareness does not absolve anybody of anything ».
Everything Everywhere All at Once (Daniel Kwan & Daniel Scheinert, 2022) est un pastiche sans fin de culture pop et de référence cinématographique. Mais le jeu constant sur les tropes sert avant tout l'histoire, pour mieux y inviter le spectateur et le confronter à une représentation sincère de sentiments. Et le nihilisme face aux multiples réalités offertes par le monde contemporain (le thème du film) est dépassé par une humilité épistémique et un plus grand optimisme face à la réalité.
Sources / pour aller plus loin :
Luke Turner, Metamodernism: A Brief Introduction (2015)Amp Lab Media, Rick and Morty : Character Archetypes & Metamodernism (2017)
The Living Philosophy, What is Metamodernism (2022)
Thomas Flight, Why do movies feel so different now? (2023)
Brendan Graham Dempsey, After Postmodernism (2019-2023)
7 sept. 2022
Hayao Miyazaki, éco-communisme & féminisme
On pense souvent que la nature et le gens sont séparés. Mais je crois qu'il ne le sont pas. La nature fait partie des gens.
Ce serait merveilleux de voir la fin de la civilisation de mon vivant. Mais ça a l'air peu probable. C'est pour ça que j'utilise mon imagination pour voir ce que ça donnerait. (…) Ce genre d'inondation est un désastre. Mais en de pareilles circonstances, je pense que les gens deviennent plus bienveillants les uns avec les autres. Ils pensent devoir sauver les personnes en danger. Ils deviennent de meilleures personnes.
Même aujourd’hui, je reste sensible à cette façon de penser qui est profondément ancrée en moi. D’ailleurs, il est intéressant de remarquer que cette identité de gauche est restée assez puissante dans ma génération, y compris chez Ghibli, où nous sommes quelques-uns dans ce cas. J’aspire toujours au fond de moi à une société plus juste, et je reste influencé par l’idéal communiste formulé par Marx, même si je n’ai bien sûr aucune affinité avec les expériences de socialisme réel menées dans l’ex-URSS ou ailleurs.
Je crois qu'une entreprise est la propriété commune des personnes qui y travaillent.
Beaucoup de mes films comportent des personnages féminins forts. Des filles courageuses et indépendantes. Elles auront peut être besoin d’un ami, ou d’un soutien, mais en aucun cas d’un sauveur. Les femmes sont capables d’être de vrais héros, tout autant que les hommes.
24 mars 2021
Instrumentarium
23 sept. 2019
Musiques du futur
Sources / pour aller plus loin
Seth Mulliken, Ambiant Reverberations : Diegetic Music, Science Fiction, and Otherness (2010)
Cynthia J. Miller & A. Bowdoin Van Riper, It's Hip to be Square : Rock and Roll and the Future (2010)
Agnès Gayraud, Dialectique de la pop (2018)
TV Tropes, Future Music
5 déc. 2018
Matrix = Marx it
A la fin du métrage, Neo alerte les machines que ce qu'elles craignent le plus arrive : la prise de conscience de la masse de leur caractère parasitaire et le début d'une révolution.
Sources / pour aller plus loin
Anthony @ Tutorhunt, Philosophy, Marx And The Matrix (2014)
Sociologeek #2 - Matrix et la socialisation (2016)
Kasey McDonnell, Marxism and the Matrix (2016)













